L'appel de Corbeau

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Bill Reid : Son parcours

Introduction

Bill Reid est habituellement considéré comme un artiste autochtone canadien et, plus spécifiquement, un artiste haïda. Qu’est-ce que cela signifie vraiment? Comment pouvons-nous définir un artiste haïda? Est-ce un artiste qui est d’origine ancestrale haïda, ou un artiste qui crée des œuvres d’art dans le style haïda? Bill Reid était en fait ces deux types d’artiste.

William Ronald (Bill) Reid naquit en 1920 à Victoria, C.-B., d’une mère haïda, Sophie Gladstone Reid. Son père, William Ronald Reid, était natif du Michigan (États-Unis) de parents allemand et écossais et avait immigré sur la côte.

La mère de Sophie était originaire du village de Tanu, sur l’île Tanu, dans la partie méridionale de l’archipel de Haida Gwaii. Sophie naquit dans le village qui s’appelait alors Skidegate Mission à Haida Gwaii. À l’âge de 10 ans, elle fut placée à l’année dans un pensionnat anglican sur le continent où il lui était interdit de parler sa langue maternelle haïda et où elle avait appris à parler anglais et à coudre. Elle fut maîtresse d’anglais avant son mariage et parlait un excellent anglais.

Peu de temps après le mariage de William et Sophie, William Reid, qui tenait un hôtel à Smithers, dans le nord de la Colombie-Britannique, transféra son entreprise hôtelière à Hyder, en Alaska. Sophie s’installa à Victoria comme couturière et gagna sa vie en confectionnant des vêtements à la mode pour des familles bourgeoises de la ville. Pendant plusieurs années la famille fit le va-et-vient entre ces deux endroits.

Compte tenu des circonstances de son enfance, Bill Reid grandit principalement dans des communautés blanches. Il reçut son éducation dans diverses écoles en C.-B., où il acquit son goût pour la littérature, la poésie et la musique classique. Il ne fut pas élevé dans la culture haïda. Il fut éduqué par sa mère, qui avait grandi pendant une période de bouleversement intense pour les peuples autochtones. Elle avait assimilé et adopté les valeurs occidentales et éleva donc ses enfants comme des « Blancs ». De plus, selon la loi canadienne, elle avait perdu son statut « d’Indienne » en épousant un homme non autochtone.

Bien que Reid se souvenait des visites de membres de la famille de sa mère pendant son enfance, il ne les avait jamais considérés, pas plus que lui-même, comme étant autochtones. Il se rappelait, toutefois, que ses tantes portaient des bracelets en or et en argent gravés dans le style traditionnel (haïda). Curieux au sujet du côté maternel de sa famille et de son patrimoine autochtone, étant donné que son père était rarement présent pour parler du sien, il entreprit son propre voyage de découverte, à Haida Gwaii. Cette recherche commença lorsqu’il avait 23 ans et ne prit fin que lorsque ses cendres furent éparpillées et enterrées, en 1998, dans le village de Tanu d’où sa grand-mère était originaire.

Toute la famille de Bill Reid du côté de sa mère était haïda. Sa mère, Sophie Gladstone, était née à Skidegate, à Haida Gwaii. La mère de celle-ci, (la grand-mère de Bill), Josephine, était née à Tanu, un petit village haïda dans le sud de Haida Gwaii. Son grand-père était Charles Gladstone (1878-1954) de Skidegate.

Les Haïdas traditionnels croient que leurs premiers ancêtres étaient des personnages légendaires, des animaux ou des êtres surnaturels. La société traditionnelle haïda était organisée en fonction de deux groupes principaux (ou moitiés) : les Corbeaux et les Aigles. Les gens étaient soit Corbeaux, soit Aigles de naissance. Les Corbeaux devaient épouser des Aigles et vice versa.

La mère de Bill était Corbeau. Dans la société haïda, tous ses enfants étaient donc aussi Corbeaux. Ainsi, en parlant de l’identité (collective) de Bill Reid parmi les Haïdas, il était Corbeau. Le fait d’être Corbeau lui conférait le droit de porter certains emblèmes et noms qui lui sont associés, ceux-ci étant hérités de la lignée maternelle. Un des emblèmes de la famille de la mère de Bill Reid était le Loup. Il en résulte que parmi les Haïdas, Bill Reid était Loup de la moitié Corbeau.

Les débuts

1920-1928 : (de la naissance à 8 ans)

Le père de Bill Reid, William Ronald Reid, tenait des hôtels à Smithers dans le nord de la Colombie-Britannique, et plus tard à Hyder en Alaska, tandis que Sophie s’installa dans une maison à Victoria. Elle gagnait sa vie en tant que couturière habile, confectionnant des vêtements élégants pour des familles bourgeoises de la ville. Pendant plusieurs années la famille allait et venait entre les deux endroits. Les parents de Reid finirent par se séparer et il n’eut plus de contact avec son père après l’âge de 14 ans.

1932-1936 : (de 12 à 16 ans)

À l’âge de 12 ans, s’ennuyant à l’école, il commença à sculpter de petits objets dans de la craie de tableau : des mâts héraldiques, des bateaux et un service à thé. (Le thé et l’étiquette associée au thé étaient une distinction en vogue de la société victorienne.)

Ces premières sculptures exigeaient une intense concentration. Elles montrent sa prédilection pour les miniatures et l’exactitude des détails de même que son sens de l’humour.

Il adorait lire. Il passait de longues heures à la bibliothèque Carnegie à Victoria, disant plus tard qu’il avait lu tout ce qu’il avait pu trouver, mais surtout de la poésie et des romans anglais et américains.

Le jeune homme

1938-1940 : (de 18 à 20 ans)

Reid arrêta ses études après avoir terminé une année au Victoria College. Possédant une belle voix, il commença à travailler sans rémunération comme annonceur à la radio à Victoria, C.-B. Peu de temps après, il accepta un poste rémunéré à Kelowna, C.-B., suivi d’un autre à Kirkland Lake, en Ontario, puis à Rouyn, au Québec et d’autres encore.

1943 : (23 ans)
Une année après la mort de son père, Bill Reid se rendit, pour la première fois depuis sa jeune enfance, à Haida Gwaii. Il y rencontra de nouveau son grand-père maternel haïda, Charles Gladstone, qui ne parlait que très peu ou pas du tout l’anglais.

Il découvrit que son grand-père, en plus d’être un excellent constructeur de bateaux, fabriquait des bijoux et sculptait l’argilite, une pierre noire trouvée exclusivement à Haida Gwaii. Gladstone avait appris ces techniques traditionnelles de son oncle maternel qui avait beaucoup de talent, le sculpteur et bijoutier haïda, maintenant bien connu, Charles Edenshaw (1839-1920), dont il avait hérité les outils.

Pendant son séjour à Skidegate en 1943, Bill Reid rencontra les conteurs de légendes haïdas Solomon Wilson et Henry Young (v. 1871-1968), dont les récits et le style oratoire l’avaient profondément touché. Plus tard, il dédia son livre,The Raven Steals the Light (1984), à Young, l’homme qui lui avait raconté les mythes pour la première fois.

1944-1950 : (de 24 à 30 ans)

Il épousa Mabel van Boyen et déménagea à Toronto, où il passa les six années suivantes. À 28 ans, il entra à la Canadian Broadcasting Corporation (CBC) à Toronto à titre de présentateur, marquant le début d’une carrière de 16 ans dans la radiodiffusion.

Il s’inscrit peu de temps après au Ryerson Institute of Technology à Toronto, pour suivre des études à temps partiel en bijouterie et orfèvrerie, dans l’intention de créer des bijoux haïdas.

Il allait fréquemment au Royal Ontario Museum (ROM) pour étudier un mât héraldique, provenant de Tanu, le village de sa grand-mère, et exposé de nos jours dans la cage d’escalier du ROM.

En 1950, Reid termina ses études d’orfèvrerie à Ryerson, commença son apprentissage chez la Platinum Art Company, continua son travail comme présentateur à la radio de la CBC à Toronto et devint père de familie.

1951 : (à 31 ans)

De retour à Vancouver, où il travaillait comme présentateur à la CBC, il établit un atelier en sous-sol et créa des bijoux contemporains modernes de style occidental, tels que la broche en argent et rubis. Il resta à Vancouver pendant les 17 années suivantes.

1954 : (à 34 ans)
Lorsque son grand-père, Charles Gladstone décéda, Reid assista à ses funérailles à Skidegate. Durant son séjour, il termina un bracelet en argent haïda que Gladstone n’avait pas fini au moment de sa mort.

Après la mort de son grand-père, Bill Reid hérita des outils de son arrière-grand-oncle Charles Edenshaw. Fabriqués en os, certains avec des manches de couverts victoriens recyclés, ils sont décorés et sculptés avec des représentations de figures animales emblématiques ou d’êtres surnaturels. Il avait vu et manipulé ces mêmes outils lors de sa visite à Skidegate 11 ans plus tôt.

Bill Reid découvrit le travail de Charles Edenshaw. Deux bracelets qui étaient gravés profondément lui ont fait une telle impression qu’il allait dire plus tard « ma vie n’était plus la même à partir de ce moment ». Cette rencontre avec les bracelets d’Edenshaw changea le cours de sa carrière. Bien qu’il n’était plus vivant, Edenshaw devint son maître et héro.

Pendant l’été de 1954, Reid s’associa aux anthropologues Wilson Duff du Provincial Museum (devenu le Royal BC Museum) à Victoria, et Harry Hawthorn du Département d’anthropologie de UBC, lors d’une expédition dans des villages du sud de Haida Gwaii pour sauvegarder d’anciennes sculptures haïdas.

Il reçut son premier nom haïda, Iihljiwaas (« Celui qui est princier »), de membres de sa famille haïda.

1955 : (à 35 ans)

Bill Reid et sa femme adoptèrent un fils, Raymond Cross, né en 1953 de parents haïda et nisga’a. Raymond rejoignit Reid plus tard à Montréal où ils partagèrent un atelier de bijouterie.

1957-1958 : (à 37 et 38 ans)

Reid travailla pendant dix jours avec le sculpteur Kwakwaka’wakw Mungo Martin (Naqap’ankam), sur un mât haïda pour le Provincial Museum (devenu le Royal BC Museum) à Victoria.

Il prit également part à une seconde expédition pour sauvegarder des mâts héraldiques dans le sud de Haida Gwaii.

Dans l’espoir de comprendre les représentations visuelles et le style artistique haïdas, il visitait souvent l’ancien Provincial Museum de C.-B., situé au sous-sol de l’édifice du Parlement à Victoria, pour étudier des œuvres artistiques exceptionnelles de la côte du Nord-Ouest.

Au Provincial Museum, Bill Reid s’attardait souvent sur un livre rare par Alice Ravenhill afin d’étudier les images des arts de la côte du Nord-Ouest qui allaient l’inspirer plus tard.

L’âge moyen

1958-1962 : (de 38 à 42 ans)

En 1958, Bill Reid quitta la CBC pour accepter une invitation de Harry Hawthorn dans le but de recréer une section d’un village haïda sur le campus de UBC.

En 1962, avec son assistant Kwakwaka’wakw Douglas Cranmer, il acheva deux maisons et sept mâts héraldiques pour le projet du village haïda à UBC. Pendant ce temps, il fut brièvement marié à sa seconde femme, Ella Gunn.

1966-68: (de 46 48 ans)

En 1966, il exécuta une série de huit dessins pour le livre Raven’s Cry, par Christie Harris.

Reid fut invité à collaborer, à titre de commissaire-conseil autochtone, avec Wilson Duff, Bill Holm et Doris Shadbolt à « The Arts of the Raven », une importante exposition d’art de la côte du Nord-Ouest à la Vancouver Art Gallery, organisée en célébration du centenaire du Canada.

Chargé de la sélection du matériel, il fit la demande d’un coffre en bois cintré du 19e siècle dont il avait vu une illustration dans Primitive Art de Franz Boas (1927: 276, fig.287b). Ce coffre avait été peint par un artiste anonyme de grand talent. Il voulait examiner de près ce « travail magnifique, monumental et exaltant ». (Reid, 2000: 158). Quelques années plus tôt, il avait créé une petit coffret en argent avec couvercle et l’avait gravé avec les mêmes motifs (1964).

1968 : (à 48 ans)

Reid termina de sculpter le paravent en cèdre lamellé, appelé maintenant « The Farewell Screen », avant de quitter la Colombie-Britannique pour Londres en Angleterre muni d’une bourse de recherche du Conseil des arts du Canada pour étudier les collections des musées en Europe. Le paravent était une commande du BC Provincial Museum à Victoria.

Il travailla un certain temps à la Central School of Design, à Londres, pour perfectionner ses compétences d’orfèvre.

1969 : (à 49 ans)

Il s’installa à Montréal où il établit un atelier de bijouterie. Il acheva « The Milky Way », un collier en or et diamants qu’il avait conçu et commencé à Londres. Il demeura à Montréal pendant quatre ans.

1970 : (à 50 ans)

Bill Reid fut diagnostiqué comme étant atteint de la maladie de Parkinson.

Son fils adoptif, Raymond Cross, le rejoignit à Montréal, où ils partagèrent un atelier. Avant de rejoindre Reid à Montréal, Raymond avait suivi une formation de bijoutier de son oncle Gordon Cross à Skidegate. Il poursuivit son apprentissage avec Reid pendant plusieurs années et exécuta des bijoux en argent, comme des pendentifs et des bracelets.

L’anthropologue Edmund Carpenter demanda à Bill Reid de rédiger le texte du livre Out of the Silence (1971) illustré de photographs par Adelaide de Menil.

Il créa sa première sculpture en buis, « The Raven Discovering Mankind in a Clam Shell » .

1973-1974 : (à 53 et 54 ans)

Reid revint à Vancouver, où il allait se sentir chez lui pour le reste de sa vie. C’est là qu’il reçut son second nom haïda, Kihlguulins (« Celui qui a une belle voix »), et exécuta sa première série de sérigraphies haïdas.

1975 : (à 55 ans)

Bill Reid unit ses compétences de fabrication de bijouterie européennes avec des motifs classiques haïdas pour créer un effet tridimensionnel qui n’existait pas dans les œuvres antérieures. Sa superbe dextérité s’exprimée dans toutes sortes de matériaux, y compris des métaux précieux, des joyaux, des bois d’ébénisterie, du verre et du papier, et à différentes échelles comme les exquises miniatures et les chefs d’œuvres massifs en bronze et en cèdre. Il vivait le mantra, « La joie c’est un objet bien fait ».

1976-1978 : (de 56 à 58 ans)

Reid passa les deux étés et automnes de 1976 et 1977 à sculpter un mât pour Skidegate, le village de sa mère, où ne se tenait plus qu’un seul mât, érigé en 1882, et en très mauvais état. Il avait invité plusieurs artistes à participer à la sculpture du mât de Skidegate. Joe David fut l’auteur des Oursons, Robert Davidson sculpta les formes ovoïdes sur l’aile du Grand Corbeau et Gary Edenshaw, connu aussi du nom de Guujaaw, fut l’assistant de Bill Reid durant toute la durée du projet, sculptant un côté du mât.

Respectant le protocole haïda, Bill Reid fit don du mât au chef Skidegate, qui l’érigea avec la collaboration des habitants du village devant une maison traditionnelle haïda (le bureau du conseil de bande à Skidegate) qui fut construite pour le recevoir.

Le nom haïda de Bill Reid, Iihljiwaas (« Celui qui est princier »), qui lui avait été donné pour la première fois en 1954 fut confirmé publiquement.

1979 : (à 59 ans)

Bill Reid reçut le Diplôme d'honneur de la Conférence canadienne des arts, ainsi que le grade de Docteur Honoris Causa de l’Université de Victoria, les premiers de nombreux titres universitaires qui lui furent décernés.

L’aîné

1980 : (à 60 ans)

Il termina la grande sculpture en cèdre jaune « The Raven and the First Men », inspirée par la petite sculpture en buis qu’il avait faite à Montréal en 1970, pour le Musée d’anthropologie de UBC.

1981-1983 : (de 61 à 63 ans)

D’importants événements survinrent dans le vie de Bill Reid pendant les années 1980, dont le décès de son fils adoptif, Raymond Cross, le décès de sa mère, Sophie Gladstone et, en 1981, son mariage à Martine de Widerspach-Thor, qu’il avait rencontrée en 1975.

En 1983, il exécuta une série de dessins pour le livre de George MacDonald Haida Monumental Art (1983).

1984-1985 : (à 64 et 65 ans)

Pendant plusieurs années Bill Reid maintint un atelier très actif sur l’île Granville où de nombreux visiteurs venaient lui rendre visite.

En 1984, Bill Reid acheva, avec la collaboration du poète Robert Bringhurst, les récits de dix légendes haïdas illustrées de dessins au crayon pour leur livre The Raven Steals the Light (1984).

Reid entreprit et termina la grande sculpture en bronze, « Chief of the Undersea World », pour l’Aquarium de Vancouver, la sculpture en cèdre rouge, « Phyllidula -- The Shape of Frogs to Come », achetée par la Vancouver Art Gallery, et une pirogue monoxyle de 5,5 m en cèdre rouge qui se trouve maintenant au Musée d’anthropologie de UBC.

Également en 1984, il acheva une frise en bronze de 20 m de long, « Mythic Messengers », qui avait été commandée par Téléglobe Canada et qui devint plus tard la propriété de BCE, Inc. En 2008, elle fut installée dans le grand hall Audain à la Bill Reid Gallery of Northwest Coast Art, à Vancouver, BCE, Inc en ayant fait don à la Fondation Bill Reid. Un second moulage de la frise fut commandé par le Musée canadien des civilisations à Ottawa, où elle est exposée depuis 1985.

1985-1986 : (à 65 et 66 ans)

Reid termina la pirogue monoxyle en cèdre rouge d’une longueur de 15 m, « Lootaas » (« Wave Eater »). Commandée par la Bank of BC, pour Expo 86 à Vancouver, « Lootaas » fut sculptée à Skidegate, Haida Gwaii, avec une équipe d’assistants haïdas. « Lootaas » appartient au people haïda et réside au Centre de Kaay; la pirogue est utilisée périodiquement pour des cérémonies et des occasions spéciales.

En 1985, quand le Parlement du Canada amenda la Loi sur les Indiens pour permettre aux soi-disant «  Indiens non inscrits » de devenir légalement membres des Premières nations du Canada, Reid fit la demande de son statut individuel d’Indien (qu’il reçut en 1988).

Bill Reid s’impliqua sérieusement, tout d’abord comme collecteur de fonds, puis comme défenseur de l’environnement, dans la campagne haïda pour mettre fin à la coupe à blanc de la forêt à Gwaii Haanas (South Moresby), la partie méridionale de Haida Gwaii. Il participa aux barricades érigées contre les camions de bûcherons, et cessa même pendant un certain temps son travail sur « The Spirit of Haida Gwaii », la sculpture destinée à représenter le Canada aux États-Unis, pour protester contre la destruction des forêts de Haida Gwaii.

À différents moments de sa vie, Bill Reid aborda le sujet de l’identité. En 1985, dans un discours de cinq pages qu’il prononça devant le Wilderness Advisory Committee, qui avait été nommé par le ministre de l’Environnement de C.-B., à Vancouver, C.-B., concernant la préservation de South Moresby, il dit : « J’ai toujours senti une certaine affinité parentale avec le peuple haïda, mais bien sûr toujours avec une certaine distance ». Une portion de ce discours fut publiée dans Shadbolt, 1986: 177-179.

En 1986, Bill Reid reçut le nom de Yaahl Sghwaansing (« L’Unique Corbeau ») de Florence Davidson.

1989 : (à 69 ans)

En 1989, à l’invitation du Musée de l’Homme, à Paris, Bill Reid et un groupe de Haïdas remontèrent la Seine dans « Lootaas » pour célébrer l’exposition « Les Amériques de Claude Lévi-Strauss ». L’intention était de montrer l’art haïda comme une forme d’art vivant. Reid fut le premier artiste à être exposé de son vivant dans ce musée.

Il termina « The Spirit of Haida Gwaii »; (« The Black Canoe »), une sculpture de 5 000 kg en bronze pour l’ambassade du Canada à Washington, DC, avec l’aide de ses assistants de Vancouver, ainsi que sa jumelle « The Spirit of Haida Gwaii » (« The Jade Canoe »), installée à l’aéroport international de Vancouver en 1996.

1994 : (à 74 ans)

Bill Reid se vit décerner neuf Doctorats Honoris Causa d’universités canadiennes, et reçut de nombreuses distinctions honorifiques et récompenses, dont entre autres : le Prix Molson (1976); le Diplôme d’Honneur pour sa contribution aux arts (1979); une Bourse Ryerson (1985); le Prix Saidye-Bronfman pour excellence dans les métiers d’art (1986); le Prix Vancouver pour l'œuvre de toute une vie, la reconnaissance Citoyen d’honneur de la ville de Vancouver (1988); et le Prix de la Banque Royale (1990).

En 1994, il fut le tout premier récipiendaire du Prix national d’excellence pour l’œuvre de toute une vie décerné aux Autochtones. Il reçut également la Médaille des arts connexes de l’Institut royal d’architecture du Canada et fut décoré de l’Ordre de la Colombie Britannique. En 1998, le Prix national Bill Mason du Réseau des rivières du patrimoine canadien lui fut décerné.

1998 : (à 78 ans)

Bill Reid mourut le 13 mars à Vancouver, à l’âge 78 ans, après une courageuse lutte de 30 ans contre la maladie de Parkinson.

Plus de 1 000 personnes assistèrent à la cérémonie tenue au Musée d’anthropologie de UBC pour rendre hommage à Bill Reid. Ses cendres furent portées au cours d’une procession pleine de dignité à l’avant du grand hall, dans un premier prototype pour sa pirogue « Lootaas ».”

En respect de ses derniers souhaits, ses cendres furent transportées dans « Lootaas » par des amis et des membres de sa famille à Tanu (un parcours de deux jours depuis Skidegate), où elles furent éparpillées et enterrées.

Le legs

Les anthropologues et historiens de l’art ont décrit Bill Reid comme étant un « pont » entre la nouvelle génération d’artistes de la côte du Nord-Ouest et les maîtres haïdas du passé, ou comme un « auteur de changement », ou encore comme un « courtier culturel ». D’autres l’ont décrit comme un Corbeau, grand Décepteur responsable de l’état des choses ou de leur changement.

En 2004, plusieurs années après sa mort, « The Spirit of Haida Gwaii » et trois autres œuvres de Bill Reid furent sélectionnées pour représenter les arts et la culture au Canada sur le billet canadien de vingt dollars. Vingt-cinq millions de ces billets furent émis.

En 2008, la Fondation Bill Reid ouvrit la Bill Reid Gallery of Northwest Coast Art à Vancouver, dans le but de « préserver l’art et perpétuer le legs » de Bill Reid. La galerie expose un grand nombre de ses œuvres ainsi que celles d’artistes contemporains de la côte du Nord-Ouest.

Bon nombre d’œuvres de Bill Reid sont également exposées au Haida Heritage Centre à Kaay Llnagaay à Skidegate, Haida Gwaii. Ce Centre comporte aussi le Bill Reid Teaching Centre, une remise à pirogues et un grand atelier de sculpture, où plusieurs pirogues ont été sculptées depuis la mort de Bill Reid.