L'art de Bill Reid

Un voyage guidé

Faites une visite guidée de la carrière artistique de Bill Reid dans ces trois essais illustrés de Dr Martine Reid.

Haïda 1951-1967

Par Dr Martine Reid, ethnologue, auteure, commissaire d'expositions

Photo: Motif de tatouage d'un requin haïda d'Isabella Edenshaw

Charles Edenshaw
Tatouage d’Isabelle Edenshaw au motif du squale haïda
1897
Crayon de couleur sur papier
27,5 x 23,3 cm
Archives de l'AMNH, Collection Boas 1943
Avec la permission de l'American Museum of Natural History, New York, NY

Photo: Motifs de tatouage haïdas reproduits dans le livre de John R. Swanton, 1905

Motifs de tatouage haïda
Recueillis et reproduits par John R. Swanton
1905
Archives de l'AMNH, Collection Boas
Avec la permission de l'American Museum of Natural History, New York, NY
Reproduits dans Swanton, 1905: Planche XXI, Figure 1

Photo: Broche en or gravé en forme de Saumon chien haïda

Bill Reid
Broche en or au motif du squale
1958
Or 22k, repoussé et gravé
8,2 x 3,3 cm
Collection privée
D'après un motif de tatouage de Charles Edenshaw
Photo : Kenji Nagai

Reid débute sa carrière artistique comme bijoutier moderne alors qu’il habite à Toronto. Il est le premier artiste haïda à utiliser les techniques classiques européennes d’orfèvrerie pour réaliser ses bijoux de style haïda afin d’y ajouter ce relief qui est absent des bijoux traditionnels gravés en surface plane.

Bill Reid : Bijoux

Ses nouvelles compétences acquises, Reid revient à Vancouver en 1951 pour s’établir comme bijoutier moderne. En 1954, il se rend à Haida Gwaii où il voit une paire de bracelets « gravés profondément » par son très talentueux arrière-grand-oncle, Charles Edenshaw. Ces bracelets au relief prononcé l’impressionnent énormément. En ses propres paroles : « le monde a changé à partir de ce moment ».

Bill Reid s’amuse à nommer l’ensemble de ses compétences et sa trousse à outils son « sac à magie ». Il l’utilise en effet tel un magicien pour transformer des matériaux bruts en superbes objets : des ornements corporels, des broches, des boucles d’oreilles, des bagues, des boîtes et coffrets miniatures décorés de motifs traditionnels haïdas. Gravés en profondeur, ces objets reçoivent une troisième dimension qui n’existait pas dans la plupart des anciens bijoux haïdas.

Reid étudie l’art haïda du dix-neuvième siècle dans de nombreux musées à travers le monde pour en découvrir ses conventions ou règles en vue de les expliquer aux autres.

L’art classique de la côte du Nord-Ouest est connu sous le nom de « l’art de la ligne figurative » dans lequel un réseau de formes curvilignes et reliées entre elles, habituellement peintes en noir, délimitent le sujet. Il comporte également des éléments secondaires en formes ovoïdales, en forme de U et autres. Une longue période coloniale sous le régime britannique suivie de lois canadiennes répressives interdisent durant de nombreuses années aux peuples des Premières nations de pratiquer leur culture et leur art. Les conventions de l’art de la ligne figurative et le style haïda propre sont presque perdus à tout jamais pendant cette époque.

Reid n’a personne qui puisse lui enseigner les règles ou conventions de l’art traditionnel haïda; son seul moyen de les apprendre est donc d’étudier et de copier les anciens motifs de tatouages et d’emblèmes qu’il trouve dans les illustrations de livres et les musées. Les motifs de tatouage sont des figures emblématiques, comme les blasons nobiliaires européens, ou des esprits tutélaires qui identifient les personnes qui les portent comme membres de groupes sociaux haïdas. Les motifs de tatouage sont percés ou gravés dans la peau humaine. Reid copie ces motifs pour créer des bijoux en argent et en or.

Peu à peu, Reid commence à comprendre la signification de ces anciens motifs, à en percer les mystères et à redécouvrir les conventions de l’art de la ligne figurative.

Reid exécute de nombreuses variantes de ses créatures mythiques haïdas préférées. À la fin des années 1950, il adapte l’un des motifs de tatouage réalisé par Charles Edenshaw représentant le squale - un petit requin - pour façonner des broches, d’abord en argent, puis en or.

Les noms des artistes auteurs de la plupart des anciens bijoux sont inconnus. Néanmoins, lorsque Reid découvre l’auteur d’un motif original qu’il copie, il l’inscrit toujours au dos de l’objet qu’il crée. Il respecte et reconnaît toujours les œuvres de ses ancêtres qui l’ont inspiré.

Reid étudie une photo en noir et blanc d’un hochet représentant un ours grizzly exécuté dans le style classique haïda qui se trouve au British Museum (Londres, Angleterre), puis il en dessine une esquisse au crayon. À partir de l’esquisse, il crée une broche en argent qui déploie les caractéristiques haïdas classiques : sourcils épais, orbites profondes en forme ovoïdale et narines larges.

Photo: Plat ovale en argilite avec motif de Ts'amgus, une créature marine surnaturelle

Bill Reid
Plat en argilite Ts'amgus (revers)
1956
Argilite
2 x 7,1 cm
Collection de la Fondation Bill Reid, BRFC#5
Inscription : « Bill Reid, 1956, AFTER THE ORIGINAL OF TOM PRICE »
Don de Dr Martine Reid

Photo: Broche ovale en argent avec motif de Ts'amgus, une créature marine  surnaturelle

Bill Reid
Broche ovale Ts'amgus
1956
Argent, gravé, fond oxydé
3,9 cm de haut x 6,6 cm de diamètre
Collection de la Fondation Bill Reid, BRFC#2
Inscription : « HAIDA ART - Reid »
Photo © Digiwerx Studio

Photo: Sept motifs artistiques de la côte du Nord-Ouest reproduits dans le livre d'Alice Ravenhill, 1944

Photographies de 7 des premiers dessins de Bill Reid
Avant 1950
Collection du Musée d'anthropologie de UBC, Vancouver, Canada
Nb1.618, 10 x 7,4 cm
Nb1.619, dimensions globales 10 x 7,4 cm, image seulement 5 x 4 cm
Nb1.620, 10 x 7,3 cm
Nb1.621, 10 x 7,3 cm
Nb1.622, 10 x 7,4 cm
Nb1.623, 10 x 7,4 cm
Nb1.624, 10 x 7,4 cm
Photo : Bill McLennan, UBC Museum of Anthropology, Vancouver, Canada

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